À Perpignan, le maire Louis Aliot se présente comme le champion de l’éthique et de l’intérêt général, fustigeant les conflits d’intérêts et le « mélange des genres ». Pourtant, les faits révélés par la Chambre Régionale des Comptes (CRC) et les enquêtes judiciaires en cours dessinent une tout autre réalité : celle d’une gestion municipale où les proches et les idéologues semblent bénéficier de passe-droits, tandis que la justice s’intéresse de près à plusieurs marchés publics.
Des leçons de morale à géométrie variable
Louis Aliot n’hésite pas à donner des leçons de probité à ses opposants, brandissant une « boussole de l’intérêt général ». Mais quand on examine de près la gestion de la ville, le discours vertueux se heurte à une série de pratiques troublantes, désormais documentées par la CRC.
Le cas de « l’étude qualitative pour comprendre et anticiper les rapports des habitants à leur ville dans une démarche globale » : un marché public sur mesure
En juin 2021, le cabinet de Christophe Gervasi, proche du Rassemblement National, décroche un marché de 26 400 €. Problème : la mairie n’a sollicité d’autres entreprises que deux semaines plus tard, en leur imposant un délai de réponse de deux jours seulement. Une manière efficace d’écarter toute concurrence et de réserver le marché à un proche? La CRC a pointé cette procédure comme « un exemple de rupture de l’égalité de traitement entre les candidats ».
Josiane Cabanas : 23 400 € sans livrable
Ancienne colistière ralliée à Louis Aliot, Josiane Cabanas a perçu 23 400 € sous forme de versements mensuels pour la réalisation de missions de valorisation du patrimoine. La CRC souligne qu’aucune étude n’a été rendue et que « le recours à un contrat de travail semblait plus approprié ».
L’audit sécurité de Xavier Raufer : 44 400 € pour un catalogue de faits divers
Le criminologue Xavier Raufer, figure de l’extrême droite, a été rémunéré 44 400 € pour un rapport de 37 pages, dont un quart est un simple sommaire. Qualifié de « catalogue des activités criminelles sans recommandations adaptées au contexte de Perpignan » par la CRC, ce document ne contiendrait aucune recommandation utile pour la ville.
L’opacité comme système, la justice sur le pied de guerre
En juin 2025, la mairie de Perpignan a été perquisitionnée par la police judiciaire, dans le cadre d’une enquête pour favoritisme concernant quatre marchés publics, dont ceux attribués à Gervasi, Cabanas et Raufer. Louis Aliot n’a pas manqué de dénoncer des « accusations calomnieuses ».
A cela il faut ajouter qu’en février 2026, Louis Aliot a été condamné en première instance à 18 mois de prison, dont 6 mois ferme et trois ans d’inéligibilité, pour détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires du FN. Il a interjeté appel de cette décision, dont les conclusions définitives sont attendues au début de l’été 2026.
Entre discours et réalité, un fossé béant
À Perpignan, la lutte contre les conflits d’intérêts semble s’arrêter aux portes de l’Hôtel de Ville. Les faits révélés par la CRC montrent que le « parti-pris des copains » n’est pas une exception, mais bien une pratique installée. Alors que Louis Aliot dénonce les « coups bas » de l’opposition et les « peaux de banane » électorales, les rapports officiels et les procédures judiciaires dressent un portrait accablant, à quelques semaines des élections municipales.


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